Mes animaux doux

Mes animaux doux

 

 

Le dauphin (A.F.)

L’ondée avive le vertige.

Pourtant le souffle ne perturbe ni l’allant ni la courbe. Se nourrit d’air, de bouffées et d’une vague.

Voltige, est prince, une brassée d’écumes.

Respire, jet d’air, et accompagne l’autre en sa trouée, en sa promenade, lui est ami, berce ses flots de rires.

L’aileron navigue, arrondit la surface. Profond soleil, léger bambin.

Aller là où luit l’eau.

Et découvrir, intense, l’espace, le loin. Fendre alors les mers, caresser l’horizon à une touche, y puiser l’espoir d’être toujours et infini, le premier. Avant-gardiste ? Anachronique. Et utopiste. Le pionnier ne laisse pas de sillon.

D’un bond gagner le large et se souvenir comme d’un trésor de la main croisée au bas de l’esquif.

Frère d’un jour, furtif. A l’âme éphémère. A l’élan temporel. Au flux parfait.

Liberté belle.

 

La biche (F.DG.)

Ma douce chemine en toute tendresse sur les sols, les terres, les lits, les mousses.

A sa venue, ploie une branche en hommage.

« Maman » dit le lierre. « Ma belle », toute la forêt. Et la clairière : « mon ange ».

Sautille, gambade, son air de rien, ses yeux fendus, ses chasses délicates.

« Ma douce », dis-je.

Elle se cache, ne veut pas qu’on la voit, préfère l’obscur et l’humide et le rayon timide au soleil écrasant. La rousseur d’un pelage est lumière à soi seul.

L’herbe et les brins ornent ses pieds de vert. Les feuilles lui font couronne. Ses yeux plissent un peu pour que renaisse le goût des innocents.

Futilités l’habillent mais les choses sérieuses lui sont naturelles.

Des églantiers semblent parfois piquer sa pureté de sang mais la cruauté glisse et il ne reste dans ses espaces que les joliesses ambrées.

Elle tient, elle tient, sa vie d’âtre battant au cœur de la nature.

 

L’anémone (D.L.)

Pincées de sel dissout accompagnent tâches et filaments. Couleurs ployées, déployées.

Danse, orientale ou japonaise. Bras « lacs des cygnes » et lacets de signes jusqu’à l’épanouissement. Croix, points, ronds : tissu, soie corpulente.

Petit nu d’arc en ciel.

Fleuves sur les hauts fonds du cœur amollissants de pigments toute cruauté.

Parcelle, part belle.

Souffles d’eau. Bibelots.

Et la murrine navigue, mosaïque. Moelleuse.

 

La colombe (L.C.)

Quand l’envol est léger, les nuages l’écoutent. Et autour de l’oiseau blanc s’organisent.

A l’orée des nues, le bleu naît tous les jours.

La grâce se déploie et de chaque rayon fait un pont. Et de chaque vide, une vague.

Percées et plongées habillent les anges.

Et chaque coup d’aile appelle « doux de la voute » le pli qui ne dit que les beautés et les nouvelles heureuses.

Puretés, ouvrirez-vous aux mots soyeux ? Glisserez-vous ce message dans l’embrasure d’une fenêtre ? Je crois qu’aucun cœur ne bat dans le ciel et que tout est pleins et déliés à qui se dévoile.

Le vent souffle ; l’air est tendre.

Puretés, ouvrirez-vous aux mots soyeux ?

 

La pyrale des prés (F.L.)

Tout s’offre et le diaphane oblige. Blanc déambule à antennes gratuites.

Les vides, les grâces. Et le vent pertinent.

Corpuscule se dévoile dans la corolle et le laurier rose lit mieux, et la belle de nuit s’émeut, et l’iris aperçoit.

Qui du brin ou du pétale triomphe ? Ni l’un ni l’autre. Seule la pâle altitude ou le ruisseau éphémère pense le voyageur, la tâche en mouvement dirait le peintre, la feuille allant au pré et au loin, le poète.

 

 

 

 

Laure Delaunay

2016